Aujourd'hui enterrée à Paris, la Bièvre est un petit affluent de la Seine qui a participé activement à l'industrialisation de la capitale, avant même que cette dernière ne soit considérée comme une ville manufacturière. à l'origine de ce rôle, les propriétés physiques et chimiques de ses eaux ont longtemps été invoquées pour expliquer la présence des teinturiers et des tanneurs sur ses rives, ce qui permit de justifier sa « destinée » artisanale et industrielle. Cet article revisite ce mythe et privilégie une explication plus complexe de l'emprise industrielle sur cette rivière urbaine. Entre 1670 et 1830, des raisons d'ordre règlementaires, techniques et économiques se conjuguent pour concentrer sur la Bièvre des activités polluantes. En suivant les recommandations des hygiénistes et des ingénieurs du début du XIXe s., et après les âpres débats de la décennie révolutionnaire, les pouvoirs publics ne remettent pas en cause cette pollution, mais l'accommodent à un régime artificialisé du cours d'eau qui préfigure sa transformation en égout au XXe s.
The Bievre is a small tributary of the river Seine in Paris. It has actively taken part in the capital’s industrialisation processes, even before Paris was considered as a manufacturing city. The physical and chemical properties of its water have long been put forward to explain the presence of dyers and tanners on its banks, which justified its industrial “fate”. This paper reexamines this myth and gives greater importance to a more complex explanation of its industrialisation. Between 1670 and 1830, statutory, technical and economic reasons were combined to concentrate polluting activities on the Bievre. Following early nineteenth century hygienists and engineers’ recommendations, and after bitter debates on its status during the French Revolution, the government did not call this pollution into question, but they proposed canalising the river. That foreshadowed its transformation into a twentieth century sewer.
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