Cet article se propose de dévoiler l’importance de la mémoire dans la pratique poétique de Léopold Sédar Senghor. Il s’agit de montrer qu’en explorant la mémoire millénaire de l’Afrique, Senghor donne un fondement ontologique à sa race et déboulonne les clichés minimalistes forgés par les puissances coloniales au gré de leurs perspectives transversales. Cependant, il importe d’affirmer que la plongée dans la mémoire est aussi la démarche esthétique que privilégie le poète pour mettre au jour le ferment d’une utopie panhumaniste. Le mythique « Royaume d’Enfance » qu’il découvre par l’intercession de la mémoire est le lieu d’une symbiose aujourd’hui perdue et qu’il s’agit de restaurer au bénéfice de l’éthique unitaire. Il n’en reste pas moins vrai que l’errance dans le règne de la mémoire culmine dans la création de l’instant originel. En d’autres termes, si l’expérience poétique se transforme en expérience spirituelle, c’est que l’enjeu ultime, pour le poète, est de retrouver Dieu.
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